Amateurs de séries tv scandinaves, vous êtes nombreux et nous le savons (ou en tout cas nous l'espérons) ! La Scandinavie n’est pas sourde à vos appels et diffuse depuis quelques temps déjà ses programmes, avec plus ou moins de succès à l’international. Nous voici en avril et il est temps de faire une petite mise au point sur ce qui marche et même sur ce que vous pouvez voir sur vos écrans de télé (sages comme nous sommes, nous ne parlerons pas des corsaires suédois qui vous permettent, non sans risques, de profiter de tout le panel nordique). Et ce grâce à la chaîne Arte qui s’intéresse particulièrement aux programmes scandinaves ; et avec laquelle vous avez peut-être frissonné avec Birgitte dans Borgen ou bien réfléchi (silencieusement) avec Erik Winter dans Kommissarie Winter. Eh oui, ces fameux « jeudis nordiques » commencent à se faire un nom dans le cercle fermé des téléphages.

Mais commençons par le commencement : le Danemark. Toujours en avance sur les autres (une tradition qui perdure), le petit pays aux nombreuses îles a su proposer des programmes intéressants et vendeurs. Comment ne pas commencer la liste avec Forbrydelsen et son adaptation américaine non moins saluée The Killing. Ambiance lugubre, temps pourri, meurtre mystérieux et enquête longue et fastidieuse. Voilà la recette qui marche. Il fallait oser créer cette atmosphère plutôt déprimante et oser aussi creuser la psychologie des personnages à ce point. Pari gagné puisqu’une troisième saison est prévue au Danemark alors que la seconde est encours de diffusion aux Etats-Unis (AMC). En France Arte s’en est chargée en 2011, cela continuera peut-être.
Autre incontournable danois, bien qu’un peu vieillissant, Riget, créé en 1994 par l’incontournable Lars Von Trier, raconte l’histoire d’un hôpital hanté et de son personnel qui n’y croit pas vraiment. Une première dans le monde médical, si on peut dire. Ici encore, adaptation à la sauce américaine par le non moins incontournable Stephen King (que de grands noms).The Kingdom fait un carton, à tel point qu’on oublie un peu que c’est adapté d’une série danoise.

Mais venons-en à l’actualité. On a tous entendu parler de Borgen et son premier ministre flamboyant. Pour les dormeurs Borgen est une série politique mettant en scène Sidse Babett Knudsen dans le rôle de Birgitte Nyborg, première femme premier ministre à la tête du gouvernement danois, issue du parti du Centre. En plus de jouer son rôle politique elle devra jongler avec les remarques machistes de ses collègues/concurrents, sa vie de famille pas toujours simples (surtout quand on est là 5h par jour et qu’on arrive généralement après que les enfants soient couchés), une surexposition médiatique (a.k.a. des journalistes qui creusent dans tous les coins même les plus sombres). La saison 1 a été diffusée au cours du mois de février/mars sur Arte cette année, mais en est déjà à sa troisième saison au Danemark. Succès foudroyant ici aussi (et possible adaptation aux USA encore), la série a réussi à rassembler près de 40% de la population danoise devant son écran (et 2.4% en France, ce qui est assez honorable pour Arte). Il faut dire qu’étant inspirée de l’actualité, la vraie, au Danemark, la sauce a pris relativement facilement. Pour ma part, et probablement celle de tous les autres habitants européens ayant vu les épisodes, c’était là une manière de découvrir comment la politique se fait dans ce petit pays dont on ne sait finalement que peu de choses. Oui certes ce n’est QUE le Danemark, mais après tout, nos hommes politiques s’inspirent actuellement des modèles scandinaves pour faire des réformes dans nos pays, non ? [Côté technique le coffret de la saison 1 est déjà dans nos rayons, à se procurer d’urgence ! La saison 2 quant à elle sera diffusée probablement en fin d’année. Et si vous voulez plus de détails, allez donc lire ce bel article (lien)].

Citons aussi la très saluée Bron/Broen (The Bridge pour la probable version anglaise de la BBC). Ne vous frottez donc pas les yeux, oui, c’est une coproduction dano-suédoise (ils ne font pas que se mettre sur la figure). Le concept est fort simple : une femme est retrouvée morte en plein milieu du pont de l’Öresund, forçant les équipes de police de Lund et Copenhague à coopérer sur l’enquête. Les ramifications les amèneront bien loin mais c’est là un parti-pris très orignal qu’on prit les deux chaînes de télévision scandinaves (SVT et DR1 pour ne pas les citer). Des enquêtes, des langues qui s’entremêlent et des caractères bien différents, voilà de quoi rassasier les amateurs d’exotisme.

Et quoi de mieux que ce pont pour passer à la fiction suédoise, qui elle aussi aiguise ses lames depuis quelques temps. Quelques incontournables du moment à ne pas rater. Tout d’abord, pour continuer dans l’exotisme, 30 grader i Februari (avec Maria Lundqvist) qui nous parle de suédois en Thaïlande. Sujet tendu pour les connaisseurs, mais à la surprise générale cette série fait montre d’une poésie étonnante, mettant en scène plusieurs groupes de personnages partis en Asie pour différentes raisons (nouvelle vie, amour, tourisme) et qui vont voir leur vie changer du tout au tout. Ils ne se rencontrent pas forcément, mais trouvent chacun le bonheur dans quelque chose ou quelqu’un. Pour le coup ce n’est pas du tout scandinave mis à part la langue, mais je ne peux que recommander.

On le voit assez clairement avec le rayon polar, mais c’est aussi valable sur le petit écran, les séries policières ont le vent en poupe (et je ne parle même pas de la production anglophone qui nous inonde du genre, allant parfois jusqu’à l’extrême). Après l’adaptation des aventures de l’inspecteur Wallander par Kenneth Brannagh pour la BBC, qui jouait fort bien mais fort lentement, SVT relance la production d’une autre de ses adaptations, les enquêtes du Commissaire Winter, d'après les romans d'Åke Edwardson. Erik Winter est un de ces policiers qui parle peu, qui se met dans des situations pas possibles et qui résout ses affaires au feeling (ce qu’on nous apprend pourtant à ne JAMAIS faire). Cette troisième saison met en scène Magnus Krepper (que vous retrouverez dans Bron/Broen) dans le rôle d’Erik Winter, avec un montage assez spécial. On peut dire que cette série est complètement scandinave, à tel point les caractéristiques de la fiction nordique sont présentes. Des scènes silencieuses (il faut attendre un quart d’heure dans le premier épisode avant de voir la première ligne de texte), des dialogues minimalistes, des coups d’œil révélateurs et beaucoup de non-dits. Je tourne en rond mais l’essentiel de l’intrigue tient à ça, emmenée par une ambiance très spéciale, entre mélancolie et calme serein. Le crime scandinave a beau être sanglant et particulièrement cruel, on trouve une certaine poésie dans le déroulement de l’intrigue qui n’est pas pour déplaire [en cours de diffusion sur Arte actuellement, comme dit plus haut, le jeudi à 20h45].

Et puis la série événement, qui me fait (un peu) écrire cet article, c’est Äkta människor. Une audience pas toujours au beau fixe en Suède, mais la promesse d’une diffusion en 2013 par… Arte (qui d’autre). Pas d’idée très originale cependant : dans une Suède parallèle, la robotique a fait un bond en avant, permettant la construction de robots à apparence humaine et capable de bien des tâches. Certains les adoptent, d’autres les détestent, certains en tombent amoureux, d’autres les respectent comme des êtres humains à part entière. La force de cette série réside dans le jeu avec les codes moraux, des limites dépassées à bien des reprises, des questionnements éthiques souvent difficiles. Toute une batterie de personnages et de situation qui m’ont fait très bonne impression jusque-là. Rajoutons un traitement de l’image et des couleurs original et vous avez de quoi glousser de plaisir pendant des heures. Les hubots sauront conquérir votre cœur je le sais [vous trouverez ici (lien) un article plutôt passionné ].

La Norvège, enfin, n’est pas en reste, et propose aussi ses productions, même si peut-être un peu timidement. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de goûter à la fiction norvégienne, mais je peux vous citer quelques succès du moment. En premier lieu Lilyhammer, qui commence à se faire un nom par chez nous, coproduite avec le réseau Netflix, et qui raconte la nouvelle vie de Frank « The Fixer » Tagliano, ancien membre de la mafia italienne de New York et placé en protection des témoins dans la petite commune de Lillehammer en Norvège. De quoi dépayser tout mafieux qui se respecte. La série ne manque pas d’humour, rien qu’avec le choc culturel. Franc succès ici aussi, vous pourrez retrouver la série en 2013 sur… non je ne vous le dit plus, vous avez deviné [pour plus de détails je vous renvoie sur cet article (lien), ils se débrouillent mieux que moi].
En second lieu je vous propose Buzz Aldrin, hvor ble det av deg i alt mylderet ? qui raconte le parcours de Mattias, né le jour de l’atterrissage de la navette Apollo sur le Lune. Il est fasciné par Buzz Aldrin, le deuxième homme à avoir marché sur la Lune. Il part du principe qu’attirer l’attention sur soi n’est pas le but premier, du moment qu’on fait bien son boulot et que, à l’image de l’astronaute, on réussit sa vie. Il part donc pour les îles Féroé, un peu par hasard et y rencontrera des gens qui lui ressemblent, en quelque sorte. Une petite série en quatre épisodes qui saura vous intéresser je suis sûr ; on ne voit pas si souvent les îles Féroé à l’écran pour pouvoir rater ça !

Et en vrac (parce que cet article est loin d’être exhaustif) : Taxi, un thriller norvégien à base de mensonges, de taxis, de courses poursuites et de magouilles ; Lulu og Leon, une série danoise de TV3 qui nous présente une mère de famille entraînée dans une affaire de crime organisé ; Fjällbackamorden, série suédoise écrite par Camilla Läckberg, du policier donc ; Lykke, série danoise remplie de pilules du bonheur et de gens dépressifs ; Den Som Dræber, autre série policière danoise qui se penche sur les crimes en série ; Koselig Med Peis, série familiale norvégienne où un homme, Georg, décide de retourner dans sa ville natale où les choses ne sont plus exactement comme avant ; Lækervej, série familiale danoise à la Desperate Housewives avec une rue, ses habitants et leurs secrets ; Heimsendir, petite série islandaise (quand même) qui nous propose une révolution dans un asile psychiatrique ; ou bien une autre série islandaise, Pressa, qui vous fera découvrir le monde de la presse sous le couvert d’une enquête criminelle [et si vous voulez encore voir des paysages islandais je vous recommande la saison 2 de Game of Thrones, mais je m’égare].

Et puis enfin côté actu française, parce qu’il se passe des choses chez nous aussi ! Non, je ne parlerai plus d’Arte, promis. Nous les parisiens, chanceux que nous sommes, avons dans le forum des Halles le forum des Images, haut lieu cinématographique contemporain, aussi important ou presque que la cinémathèque française si ce n’est pour la fréquence de ses projections et la richesse des programmes et autres festivals. Or donc, pour la troisième année consécutive se tiendra lors de la première semaine des vacances le festival Séries Mania qui, lui aussi, commence à se faire un nom parmi les amateurs de la chose télévisée. Hasard du calendrier ou prédisposition scandinave (je dirai même invasion!), il se trouve qu’un petit nombre de ces séries vont vous être proposées. En général les épisodes 1 et 2 de chaque saison, mais c’est un bon moyen de voir si ça peut vous intéresser ou non (et en plus c’est sur grand écran, en VO avec sous-titres, le bonheur).
Au programme nordique vous aurez donc Lilyhammer le 19 avril à 16h, Bron/Broen le 21 à 21h, et en exclu à ne pas manquer les deux premiers épisodes de la saison 2 de Borgen le 22 à 14h15. En bonus le 16 avril à 16h se tiendra une table ronde sur la question « une série peut-elle être politique ? » qui brassera pas mal de thèmes, d’interrogation, et mettra en parallèle plusieurs séries, dont Borgen ou Les Hommes de l’ombre (que je vous recommande aussi, une production française, c’est rare). Il y aura aussi bien d’autres projections et conférences, aussi je vous invite à visiter le site ici (lien) ou d’explorer le programme là (lien) et de filer chercher vos billets (car c’est peut-être gratuits mais les places sont limitées !)
Et si vous êtes intéressés par l’achat de DVDs, sachez que rien n’est impossible ! Le site NordicDVD propose une large gamme de produits scandinaves, qui sont le plus souvent fournis avec les sous-titres de la langue originale ainsi que l’anglais. Pour rappel la saison 1 de Borgen est disponible sur nos rayons, ainsi que Riget (sous son titre français L’hôpital et ses fantômes) et Forbrydelsen/The Killing (saisons 1 et 2).
Si avec ça je ne vous ai pas donné envie de plonger dans la fiction télévisée scandinave...
[article écrit en partenariat avec Nordika, l'association des étudiants nordiques de Paris IV-Sorbonne ; si l'actu scandinavo-parisienne vous intéresse, c'est une adresse à ajouter à votre répertoire]